• Bonjour à tous !

    Bien­v­enue sur mon site de poésie.

    Vous pour­rez retrou­ver sur cette page d’ac­cueil l’his­torique com­plet de mes pub­li­ca­tions.
    Pour une con­sul­ta­tion d’un poème en par­ti­c­uli­er, l’in­dex se situe juste à gauche de la page.

    Bonne nav­i­ga­tion !

  • PWÉCHÈ

    Au petit phare blanc
    Sied la lumière rouge
    Pour refléter le sang
    De ces rivages noirs

    L’homme assis sur le pont
    Est un gar­di­en per­ché
    L’oeil imbibé de bière
    Il lave ses pen­sées

    Dessous la lune pleine
    Luit un can­ot mau­dit
    La bar­que de vieux hères
    Pêcheurs de la Pelée

    Le long des plages poussent
    Le spleen du par­adis
    Une jun­gle amoureuse
    Que nos coeurs
    Ont nour­rie

    Antoine Sam­son-Mendes

  • POÈMES ÉPARS

    i. Sur le ter­mi­nal
    S’entassent âmes et malles
    - Bras­sages du jour

    ii. Le midi je vais
    Dans les kiosques gris du cen­tre
    Lire sans manger

    iii. Sur un banc pub­lic
    La prière pour bénir
    Le pain de la vie

    iv. Cou­verte de neige
    La vieille machiner­ie
    M’est inac­ce­si­ble

    v. Dieu ren­verse ici
    Sa palette de couleurs
    - Automne au Llaima

    vi. Froides nuits aus­trales
    Le lac reflète l’e­space
    - Insom­nie astrale

    vii. Un cygne à cou noir
    Vogue au matin dans les fjords
    - Promise quié­tude

    viii. Un pic-vert noir pique
    L’a­rau­caria mil­lé­naire
    - Bat­te­ments sans fin

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • LA PLUIE

    Quel grand jour pour un coup d’État
    L’im­mense Alame­da battue est sans éclat
    Tra­ver­sée par les lueurs
    D’une aube nébuleuse et de gris­es humeurs
    Dans le fumard à la voix rauque
    Des auto­cars grinçant sur le bitume glauque
    Une pluie a pris les esprits
    Ce matin cen­drée à San­ti­a­go du Chili
    Prodigieuse gerbe d’eau pure
    De celle dont on par­le dans les Écri­t­ures
    Fruit des cumu­lus prophé­tiques
    Qui se déver­sèrent lors des mous­sons mythiques
    Les flots fous des fléaux anciens
    Les pleurs des délais­sés bril­lent dans ce grain saint
    Nul ne saurait le retenir
    Il cou­vri­ra le bruit des luttes à venir
    La marche des fiers vers la tombe
    Dont la gloire restera blanche sous les trombes
    Il per­le la fer­veur ancrée
    Depuis les pein­tures aux mar­tyrs délavées
    Au temps plu­vieux de la colère
    Embrass­er encore les rêves pop­u­laires
    Marée de ces vérités
    Les douaniers ont fer­mé les cols sur la cité
    Qui s’emplit de l’ire du ciel
    Et des cris indi­ens du Mapoc­ho tor­ren­tiel
    Lourde clameur des gens sans armes
    Des Indignés com­bat­tant du juste vacarme
    Le fra­cas vio­lent des tyrans
    Qui retient l’é­cho loin­tain des chants par­ti­sans
    Dessous l’a­verse fan­tas­tique
    Les êtres dis­parus sor­tent du Paci­fique
    Se mêlant à la ville aque­use
    Où jail­lis­sent les fusil­lés des places creuses
    Hantez leurs élimés bour­reaux
    Blêmes face aux spec­tres glo­rieux du vent nou­veau
    L’ondée ivre tra­verse tout
    Les hommes les tours la cap­i­tale partout
    Déjà s’ou­vre La Mon­e­da
    Sous les cloches quel grand jour pour un coup d’É­tat

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • LA GRANDE RAPA

    I
    C’est une tache d’encre pour les feuilles blanch­es
    Un point per­du oublié de toutes les cartes
    Sans la chercher on la trou­ve si l’on s’écarte
    Vers l’aurore anci­enne voguant sur quelques planch­es

    On l’aperçoit lorsque l’u­nion se déclenche
    Entre ciel et mer qui en se joignant dépar­tent
    Des oeufs vaporeux qu’ai­ment suiv­re les jubartes
    Les immenses nuages sur­plom­bant la lanche

    Déjà la rive pousse sous les langes som­bres
    Et bien­tôt sur la côte réduite des ombres
    Brilleront en majesté sur leur lit de morts

    Cin­glons sans peur vers les nimbes de ces coloss­es
    À l’éveil des trois vol­cans ils mou­vront leur corps
    Portés par des charmes qui les ren­dent vélo­ces

    II
    Cet endroit n’est pas râpé par les vents salins
    Ni raclé par les pluies des grandes nuées
    Les mâchoires qui firent cet île exténuée
    Ce sont les hommes pieux et leurs dieux païens

    Enivrés sous le zénith de cieux opalins
    Les Mata­mua en tête se sont insin­ués
    Vers cet hori­zon vierge de traces dénué
    Dans cet îlot infi­ni pour leurs rêves hyalins

    Ils y érigèrent de toute leur sagesse
    Des géants qui tan­tôt joutèrent en largesse
    Rongeant le tuf vivant tel le vent des courants

    Aveuglés par la guerre lent fut leur désas­tre
    Jusqu’à ce que leurs loin­tains fils les sec­ourant
    Les relèvent hum­ble­ment pour fix­er les astres

    III
    Ils sont venus de loin pour trou­ver cette terre
    À bord de vaka pleines de kava de princes
    Con­tem­pler de leurs yeux la promise province
    Qu’avaient augurée leurs voy­ants dans l’éther

    Guidés par Hau Mata leur mythique pater
    Ils atteignirent Rapa par sa sapi­ens
    Avant même que douze les clans ne devinssent
    Et n’an­crassent ce roi dans les moaïs soli­taires

    Seuls sept se tour­nent vers l’océan passé
    Alignés au sol­stice d’été tré­passés
    Mais jadis ivres du mana des prêtres-sages

    La trag­ique human­ité de ces lourds gar­di­ens
    Dont l’Est et les tapu ont trou­blé les mes­sages
    Sans bien les com­pren­dre – m’ébranle et me parvient

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • ODE AU RUCAPILLÁN — « LA MAISON DE L’ESPRIT »

    I
    Ô Rucapil­lán si cru­elle­ment sub­lime
    Vénéré par tes gens car tu es si vivant
    En toi tu con­tiens une source qui ful­mine
    Faite d’âmes fauves et mag­ma sali­vant

    Ô cône har­monieux au basalte habité
    Ta pierre trem­ble de mille esprits abrités

    Ô vol­can-roi brèche élue de la Terre
    De loin je t’aperçus dans ton habit de neige
    Un pour­tour nuageux couron­nant ton cratère
    Déjà tes sujets mirent ma rai­son en siège
    Ta suite tutélaire souf­fla dans mes rêves
    D’ex­plor­er ta grandeur en par­tant de la grève

    II
    Quelle tragédie empour­pra tes bor­ds !
    Toi qui nour­ris les songes fous d’êtres can­dides
    Les machis les inter­pré­taient splen­dides
    Pour­tant tu fis gliss­er un homme vers la mort

    Depuis l’abîme des hau­teurs j’ouïs un cri
    À jamais dans ton effroy­able souf­fle écrit

    Je n’étais plus vrai­ment humain
    Mais un spec­tre mor­tel mimant tes habi­tants
    Penché sur tes flancs mi-humain
    Je me sou­viens de tous mes pas hési­tants
    Sur la mosaïque mou­vante de tes glaces
    Aveuglé par ta cime sur­plom­bant l’atlas

    Cent fois j’en­tendis dans ton vent ter­ri­ble
    Martel­er sur mon corps cour­batu et sans voix
    Le déchire­ment funeste et hor­ri­ble
    Que pous­sa l’in­con­nu trébuchant du con­voi

    Ngen-ko emplis de zèle aigu­isant ta paroi
    Pil­lán je me suis traîné sur ton albe arroi
    Jusqu’au som­met où tu trônes au bout des routes
    Je rends grâce au Très-haut d’avoir atteint la voûte

    III
    Inspi­rant l’air ailé je plongeai dans les yeux
    De la mon­tagne — c’était l’horizon d’un dieu
    L’étendue insu­laire d’un génie aus­tral
    Auquel parvient le réel par un doux zéphyr
    Que respirent les pro­fondeurs d’ocre por­phyre
    Du Vil­lar­ri­ca inac­ces­si­ble et spec­tral

    Chrysalide de maux aux effluves de soufre
    Je déchi­rai ta toile et te rendis au gouf­fre
    Sous un halo radieux je descendis recru
    Pleu­rant sur les ver­sants changeants du mont andin
    L’antre d’un seigneur perçue des seuls Anciens
    Puis­sance indi­enne de la terre écrue

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • FIÈVRE ATACAMA

    Les salars solaires nacrés
    Au pied des monts sacrés
    Sont des miroirs où se reflè­tent
    Des Incas à la fête

    Peu­plant ces lieux de leur pres­tige
    Bal­lot­tés par les vents
    Ce sont des spec­tres des ves­tiges
    Échos d’un autre temps

    En quête de chemins de rêves
    Qu’ils arpen­tent sans trêve
    Comme aux siè­cles de leur splen­deur
    Quand s’élevaient leurs heures

    L’air est lourd sur ces hauts plateaux
    D’ig­n­imbrite ten­due
    De ces momies sus­pendues
    Du fos­sile des eaux

    Sur la car­casse de vigogne
    Des con­dors sans ver­gogne
    For­ment des cer­cles dans le ciel
    Un astre démen­tiel

    Le cratère miocène happe
    Un silence mys­tique
    Hante cette plaine sis­mique
    Au loin un renard jappe

    La pro­ces­sion du vil­lage
    Lumière des vis­ages
    De ven­tres affamés pri­ants
    Et d’anges gémis­sants

    Au sac­ri­fice pour l’Exemple
    Les cimes ont sus­cité
    Les trem­ble­ments du très-saint tem­ple
    Et Christ ressus­cité

    Il redescen­dra par les Andes
    Une nuit de légende
    L’observatoire à son per­choir
    Le pre­mier à le voir

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • L’HACIENDA DEL HUIQUE

    Dans l’hacienda bour­rée de rêves
    À cause de ses seize cham­bres
    Et des chats qui y dor­ment
    Flotte une atmo­sphère étrange et rose
    Qu’expirent le souf­fle
    De ses murs de chair décrépite

    À ses larges fenêtres elle ne regarde rien
    Dehors est éteint même en plein jour
    Arrêté
    Elle ne voit qu’au-dedans
    À tra­vers ses posters ses affich­es
    Qui for­ment autant ouver­tures
    Vers des vies anci­ennes et loin­taines

    Les gens d’i­ci sont par­tis
    Expli­quant tout
    Sur les trou­peaux de cru­ci­fix
    Les pense-bêtes de l’église adja­cente
    Ils ont remis les clefs au major­dome
    Un de ces fac­to­tums des manoirs du Sud
    En pon­cho d’Arlequin et som­brero large

    Et puis                                                                                       
    Même lui par­tit un jour
    Par le fond d’une allée tout au bout des vignes
    Glis­sant les clefs sous une porte isolée
    Une porte de prison qui se trou­vait là
    Sou­venir douloureux
    En forme de tra­verse

    On l’ouvrait jadis sur la mémoire
    Cepen­dant
    L’oubli l’a épuisé
    L’ardent soleil l’a asséché
    La ser­rure a rouil­lé
    Puis s’est enrayée
    Et c’est du vide à présent
    La porte morte ne donne plus que sur une prairie
    Vague et rose

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • JEÛNE

    Se hâter dès l’aurore sur les routes encore vagues
    Vers les 7h vers le jour à jeun
    Méditer prévenir l’âme endormie
    Le réveil puis l’éveil
    Et prier
    Chaque dimanche dans une église dif­férente
    Pro­ces­sions du désert défilés insu­laires
    C’est là qu’apparaissent les mir­a­cles
    Au cœur des val­lées amaigries
    Qui se pour­suiv­ent ain­si jusqu’aux con­fins du monde

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

  • POÉSIES COMPLÈTES

    -« A ces gens, à son ciel, à ces ter­res fan­tas­tiques… »

    Qui ne con­naît pas la forêt chili­enne ne con­naît pas cette planète.
    C’est de ces ter­res, de cette boue, de ce silence que je suis par­ti chem­iner et chanter à tra­vers le monde.

    Pablo Neru­da, J’avoue que j’ai vécu

    JEÛNE

    Se hâter dès l’au­rore sur les routes encore vagues
    Vers les 7h, vers le jour à jeun
    Méditer, prévenir l’âme endormie
    Le réveil puis l’éveil
    Et prier;
    Chaque dimanche dans une église dif­férente
    Pro­ces­sions du désert, défilés insu­laires
    C’est là qu’ap­pa­rais­sent les mir­a­cles
    Au cœur des val­lées amaigries
    Qui se pour­suiv­ent ain­si jusqu’aux con­fins du monde

    L’HACIENDA DEL HUIQUE

    Dans l’hacienda bour­rée de rêves
    À cause de ses 16 cham­bres
    Et des chats qui y dor­ment
    Flotte une atmo­sphère étrange et rose,
    Rose à cause de l’air,
    De l’air qu’expirent ses murs de chair décrépite

    À ses larges fenêtres, elle ne regarde rien
    Dehors est éteint même en plein jour
    Arrêté
    Elle ne voit qu’au-dedans
    À tra­vers ses posters, ses affich­es
    Qui sont comme des ouver­tures,
    Des ouver­tures anci­ennes et loin­taines

    Les gens sont par­tis, expli­quant tout
    Sur ses trou­peaux de cru­ci­fix,
    Les pense-bêtes de l’église adja­cente.
    Ils ont remis les clefs au major­dome
    Un Nestor des manoirs du Sud
    En pon­cho d’Arlequin et som­brero large

    Seule­ment, au bout d’un moment                                                                                                 
    Même lui par­tit un jour­Par le fond d’une allée tout au bout des vignes
    Glis­sant les clefs sous une porte isolée
    Une porte de prison qui se trou­vait là.
    Un douloureux sou­venir
    En forme de tra­verse

    On l’ouvrait jadis sur la mémoire
    Un ter­rain vague
    Mais l’oubli l’a épuisé
    L’ar­dent soleil l’a asséché
    La ser­rure a rouil­lé
    Puis s’est enrayée
    Et c’est du vide à présent
    La porte morte ne donne plus que sur une prairie
    Vide et rose

    Et l’hacienda dort encore…

    FIÈVRE ATACAMA

    Les salars, solaires et nacrées
    Au pied des monts sacrés
    Sont des miroirs où se reflè­tent
    Des Incas à la fête

    Han­tant ces lieux de leur pres­tige
    Bal­lot­tés par les vents
    Ce sont des spec­tres, des ves­tiges
    Échos d’un autre temps

    En quête de chemins de rêves
    Qu’ils arpen­tent sans trêve
    Comme aux siè­cles de leur splen­deur
    Quand s’élèvent les heures

    L’air est lourd sur ces hauts plateaux
    De momies sus­pendues
    D’ermites aux longs souf­fles ten­dus
    Du vide entre deux eaux

    Sur la car­casse de vigogne
    Des con­dors sans ver­gogne
    For­ment des cer­cles dans le ciel,
    Un astre démen­tiel

    Le cratère comé­taire hap­pent,
    Ce silence sis­mique
    Trou­ble cette plaine mys­tique
    Au loin un renard jappe

    La pro­ces­sion du vil­lage,
    Lumière des vis­ages
    De cent ven­tres affamés pri­ants
    Et d’anges gémis­sants

    Au sac­ri­fice pour l’Exemple
    Les cimes ont sus­cité
    Les trem­ble­ments du très-saint tem­ple,
    Et Christ ressus­cité

    Il redescen­dra par les Andes
    Une nuit de légende
    L’observatoire à son per­choir
    Le pre­mier à le voir

    ODE AU RUCAPILLÁN (« LA MAISON DE L’ESPRIT »)

    I
    Ô Rucapil­lán si cru­elle­ment sub­lime
    Vénéré de tes gens car tu es si vivant
    Tu retiens en toi une folie qui ful­mine
    Faite d’âmes ances­trales et mag­ma sali­vant.

    Toi, le cône idéal, le palais vénérable
    La demeure invis­i­ble, aux hommes impéné­tra­bles

    Vil­lar­ri­ca, pus­tule sacré de la Terre
    De loin, je t’ai aperçu dans ta toge en neige
    Un lau­ri­er nuageux couron­nant ton cratère.
    Avec ces atours, tu pris mon esprit en siège
    Ô Vol­can-Roi, César d’Alésia tri­om­phant
    Libère-moi car je me pré­tends ton infant

    II
    Que d’histoires ont con­nu tes bor­ds !
    Toi qui nour­ris les rêves fous d’innocents hommes,
    Avec tes effluves d’opium,
    Afin qu’endormis ils s’empressent vers leur mort.
    Sirène des hau­teurs, j’ai enten­du un cri
    À jamais dans ton effroy­able vent écrit.

    Je n’étais plus vrai­ment humain
    Mais un spec­tre mor­tel mimant tes habi­tants,
    Sur tes flancs, penché, inhu­main
    Je me sou­viens de tous mes pas hési­tants,
    Sur la mosaïque mou­vante de tes glaces
    Aveuglé par ta cime sur­plom­bant l’atlas.

    Vent sin­istre, vas-tu cess­er ?
    Souf­fle mau­vais émanant des cham­bres de feu
    De trou­bler Sisyphe affais­sé !
    J’ai traîné mon fardeau jusqu’au bout de mon vœu ;
    Le som­met a jail­li de la route infinie ;
    Gloire au Très-Saint, de mon suc­cès prédéfi­ni.

    III
    Je m’emplis de paix et plongeai dans les deux yeux
    De la mon­tagne — c’était l’horizon d’un dieu
    Oui, l’étendue insu­laire du démi­urge
    Auquel parvient le réel sous forme d’un souf­fle
    Immuable et tran­quille, nul mal ne s’y cam­ou­fle.
    Le temps est figé dans les mains du dra­maturge.

    Chrysalide de souf­france, tu sens le soufre
    Je m’extirpe de ta toile et te rends au gouf­fre
    Alors, descen­dant sous un halo de soleil
    J’ai pleuré au ver­sant du vol­can Olympi­en
    L’indompté sou­verain, com­pris des seuls Indi­ens
    Le cri de Terre au sang ver­meil…

    LA GRANDE RAPA

    I
    C’est une tâche d’encre pour les feuilles blanch­es
    Un point per­du oublié de toutes les cartes
    Sans la chercher on la trou­ve si l’on s’écarte
    Vers l’aurore ancien voguant sur quelques planch­es

    Allons pen­dant que l’union secrète s’enclenche
    Entre ciel et mer devant l’île sans pan­car­te
    Voir les nais­sances con­nues des seules jubartes
    Celles des grands nuages sur­plom­bant la lanche

    Déjà la rive pousse sous les langes som­bres
    Et bien­tôt sur la côte rac­cour­cie, des ombres
    Brilleront tels des vivants sur leur lit de morts

    Cin­glons sans peur vers les nimbes de ses coloss­es
    À l’éveil des 3 vol­cans, ils mou­vront leur corps
    Car de magie sont tatouées ces pier­res vélo­ces

    II
    Cet endroit n’est pas râpé par les vents salins
    Ni raclé sous les pluies des immenses nuées,
    Les mâchoires qui firent ces lieux exténués
    Ce sont les hommes pieux et leurs dieux païens

    Enivrés sous le zénith de cieux opalins
    Les anciens en pre­mier se sont insin­ués
    Sur l’horizon nou­veau, de traces dénuées
    Vers cet îlot infi­ni pour leurs rêves hyalins

    Ils y érigèrent encore emplis de sagesse
    Des géants qui trop vite joutèrent en largesse
    Rongeant le tuf vivant, tel le vent des courants

    Aveuglés par la guerre, lent fut leur désas­tre
    Jusqu’à ce que leurs loin­tains fils les sec­ourant
    Les redressent hum­ble­ment pour regarder les astres

    III
    Ils sont venus de loin pour prou­ver cette terre
    À bord de vaka pleines, de vin et de princes
    Voir de leurs pro­pres êtres, la promise province
    Qu’avaient lus les ora­cles dans les voies d’éther

    Elle jail­lit des flots, comme pre­mière Cythère
    Cou­vant un nébuleux des­tin dans la sapi­ens
    Divine —  et dont nuls autres ne se sou­vinssent—
    Inspir­er les stat­ues de roches soli­taires

    Seules sept sont tournées vers l’océan passé
    Alignées au sol­stice d’été, tré­passées
    Mais jadis ivres du mana des prêtres-sages

    La trag­ique human­ité de ces lourds gar­di­ens,
    Indif­férente au monde qui les dévis­age
    Sans bien les com­pren­dre – m’ébranle et me parvient

    MISÈRE

    Mis­ère pour­pre au feuil­lage per­sis­tant
    Mis­ère vol­u­bile d’une vile ivresse
    Mis­ère singeant l’air
    Mis­ère
    Mis­ère grasse des rich­es
    Mis­ère mai­gre des pau­vres
    Mis­ère, pre­mier pays
    Mis­ère sous les volutes des grat­te-ciels
    Mis­ère dans les gares insom­ni­aques
    Mis­ère dans les matins noirs
    Mis­ère aux vis­ages inqual­i­fi­ables
    Mis­ère, tes hordes d’hommes défor­més
    Mis­ère, l’éclat mau­vais dans tes yeux
    Mis­ère, tu es nation et je con­nais ton peu­ple
    Mis­ère, tu as voulu ma vie
    Mis­ère, tu es vrai­ment mis­érable

    LA PLUIE

    Quel grand jour pour un coup d’État !
    La longue avenue est battue et sans éclat
    Noyée sous les traits incer­tains
    D’un soleil détrem­pé et mouil­lé jusqu’aux seins
    Vous vous en deman­dez la cause ?
    Eh bien, c’est une pluie qui trou­ble ain­si ces choses
    Prodigieuse abat­tée d’eau pure
    De celle dont on par­le dans les Écri­t­ures
    Fruit des cumu­lus prophé­tiques
    Venue rap­pel­er à tra­vers cette cryp­tique
    Averse les signes anciens
    Oui, les cris lourds et rauques du cour­roux divin.
    Nul ne saurait la retenir
    Elle recou­vri­ra le bruit des chars à venir,
    La marche des fiers vers la tombe
    Dont la gloire reste immac­ulée sous ses trombes.
    Le loin­tain déluge est ici
    Refer­mant les cols des monts sans impéri­tie
    Fin prêt à sub­merg­er l’Égypte,
    Révo­lu­tion­naires, aux armes ! Sortez des cryptes
    Jail­lis­sez de vos bouges som­bres
    Où vous dormiez sans fin tel d’inutiles ombres.
    Vers tous les peu­ples allez sourire
    C’est grâce à cette pluie que vous allez mourir.
    Embrassez cet hon­neur liq­uide
    Il vous portera à vos enne­mis, livides
    Et les noiera tous pour de bon.
    Dans ce désas­tre d’eau du ciel, si lourd de fond
    Répétez, met­tez-vous en marche
    N’attendez pas que Noé n’achève son arche
    Voyez, au bout d’une journée
    La terre est labourée, les esprits retournés
    La pluie folle a tout tra­ver­sé :
    Les toits, les murs, les fenêtres ouvertes ou fer­mées
    Les vête­ments, les corps, les âmes ;
    Sont trem­pés aus­si bien les hommes que les femmes,
    Cette eau est une pluie qui juge.
    Elle voit tout et sait qu’il n’y a aucun refuge

    Au loin, le tyran ter­ré prie une Pié­ta
    Quel grand jour pour un coup d’État !

    POÈMES ÉPARS

    i. Soleil blanc d’hiver
    Le port s’emplit de pêcheurs
    Chin­chards, mer­lus, seich­es

    ii. Sur un banc pub­lic
    La prière pour bénir
    Le pain, les con­serves

    iii. Les midis je vais
    Dans les kiosques gris du cen­tre
    Lire sans manger

    iv. Dans ma cham­bre nue
    D’un hôtel du port, j’allume
    Le téléviseur

    v. Sur le ter­mi­nal,
    S’agglutinent âmes et bagages
    — Bras­sage du jour

    vi. Ah, les nuits du sud
    Insom­nie au bord du lac
    Et ciel per­son­nel

    vii. Les cygnes à cou noir
    Qui vivent vers l’embouchure
    Ne migreront plus

    viii. Dieu a ren­ver­sé
    Sa palette de couleurs
    D’automne au Llaima

    ix. Embaumé de neige
    L’antique machiner­ie
    Abrite et résonne

    x. Un pic-vert noir pique
    Les écailles juras­siques
    D’un arau­caria

    Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

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