L’HACIENDA DEL HUIQUE

Dans l’hacienda bour­rée de rêves
À cause de ses seize cham­bres
Et des chats qui y dor­ment
Flotte une atmo­sphère étrange et rose
Qu’expirent le souf­fle
De ses murs de chair décrépite

À ses larges fenêtres elle ne regarde rien
Dehors est éteint même en plein jour
Arrêté
Elle ne voit qu’au-dedans
À tra­vers ses posters ses affich­es
Qui for­ment autant ouver­tures
Vers des vies anci­ennes et loin­taines

Les gens d’i­ci sont par­tis
Expli­quant tout
Sur les trou­peaux de cru­ci­fix
Les pense-bêtes de l’église adja­cente
Ils ont remis les clefs au major­dome
Un de ces fac­to­tums des manoirs du Sud
En pon­cho d’Arlequin et som­brero large

Et puis                                                                                       
Même lui par­tit un jour
Par le fond d’une allée tout au bout des vignes
Glis­sant les clefs sous une porte isolée
Une porte de prison qui se trou­vait là
Sou­venir douloureux
En forme de tra­verse

On l’ouvrait jadis sur la mémoire
Cepen­dant
L’oubli l’a épuisé
L’ardent soleil l’a asséché
La ser­rure a rouil­lé
Puis s’est enrayée
Et c’est du vide à présent
La porte morte ne donne plus que sur une prairie
Vague et rose

Antoine Sam­son-Mendes, La lyre du Chili

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