Quel grand jour pour un coup d’État
L’immense Alameda battue est sans éclat
Traversée par les lueurs
D’une aube nébuleuse et de grises humeurs
Dans le fumard à la voix rauque
Des autocars grinçant sur le bitume glauque
Une pluie a pris les esprits
Ce matin cendrée à Santiago du Chili
Prodigieuse gerbe d’eau pure
De celle dont on parle dans les Écritures
Fruit des cumulus prophétiques
Qui se déversèrent lors des moussons mythiques
Les flots fous des fléaux anciens
Les pleurs des délaissés brillent dans ce grain saint
Nul ne saurait le retenir
Il couvrira le bruit des luttes à venir
La marche des fiers vers la tombe
Dont la gloire restera blanche sous les trombes
Il perle la ferveur ancrée
Depuis les peintures aux martyrs délavées
Au temps pluvieux de la colère
Embrasser encore les rêves populaires
Marée de ces vérités
Les douaniers ont fermé les cols sur la cité
Qui s’emplit de l’ire du ciel
Et des cris indiens du Mapocho torrentiel
Lourde clameur des gens sans armes
Des Indignés combattant du juste vacarme
Le fracas violent des tyrans
Qui retient l’écho lointain des chants partisans
Dessous l’averse fantastique
Les êtres disparus sortent du Pacifique
Se mêlant à la ville aqueuse
Où jaillissent les fusillés des places creuses
Hantez leurs élimés bourreaux
Blêmes face aux spectres glorieux du vent nouveau
L’ondée ivre traverse tout
Les hommes les tours la capitale partout
Déjà s’ouvre La Moneda
Sous les cloches quel grand jour pour un coup d’État
Antoine Samson-Mendes, La lyre du Chili

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