
I
C’est une tache d’encre pour les feuilles blanches
Un point perdu oublié de toutes les cartes
Sans la chercher on la trouve si l’on s’écarte
Vers l’aurore ancienne voguant sur quelques planches
On l’aperçoit lorsque l’union se déclenche
Entre ciel et mer qui en se joignant départent
Des oeufs vaporeux qu’aiment suivre les jubartes
Les immenses nuages surplombant la lanche
Déjà la rive pousse sous les langes sombres
Et bientôt sur la côte réduite des ombres
Brilleront en majesté sur leur lit de morts
Cinglons sans peur vers les nimbes de ces colosses
À l’éveil des trois volcans ils mouvront leur corps
Portés par des charmes qui les rendent véloces
II
Cet endroit n’est pas râpé par les vents salins
Ni raclé par les pluies des grandes nuées
Les mâchoires qui firent cet île exténuée
Ce sont les hommes pieux et leurs dieux païens
Enivrés sous le zénith de cieux opalins
Les Matamua en tête se sont insinués
Vers cet horizon vierge de traces dénué
Dans cet îlot infini pour leurs rêves hyalins
Ils y érigèrent de toute leur sagesse
Des géants qui tantôt joutèrent en largesse
Rongeant le tuf vivant tel le vent des courants
Aveuglés par la guerre lent fut leur désastre
Jusqu’à ce que leurs lointains fils les secourant
Les relèvent humblement pour fixer les astres
III
Ils sont venus de loin pour trouver cette terre
À bord de vaka pleines de kava de princes
Contempler de leurs yeux la promise province
Qu’avaient augurée leurs voyants dans l’éther
Guidés par Hau Mata leur mythique pater
Ils atteignirent Rapa par sa sapiens
Avant même que douze les clans ne devinssent
Et n’ancrassent ce roi dans les moaïs solitaires
Seuls sept se tournent vers l’océan passé
Alignés au solstice d’été trépassés
Mais jadis ivres du mana des prêtres-sages
La tragique humanité de ces lourds gardiens
Dont l’Est et les tapu ont troublé les messages
Sans bien les comprendre – m’ébranle et me parvient
Antoine Samson-Mendes, La lyre du Chili

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